Charlie Hebdo
Maroc - Betty Lachgar : un an de détention et d’abandon
Betty Lachgar emprisonnée au Maroc pour blasphème.
Didier Vanhoutte : L’affaire Betty Lachgar est bien mal connue en France. C’est fort regrettable. C’est une belle personne, emprisonnée au Maroc, son pays, pour blasphème. Pour avoir seulement publié une image qui a fait scandale chez les "religieux", dans ce pays où l’islam est censé représenter la loi. Il faut dire que la monarchie marocaine est supposée être une descendance (oui, familiale) du prophète Mohammed.
Ce qui choque encore plus, c’est qu’elle est très engagée dans la défense des femmes. Dans le monde de la tradition religieuse, quelle qu’elle soit, c’est impardonnable
Elle doit absolument être vigoureusement défendue. La liberté que représente la laïcité est centralement en question.
Prendre deux ans et demi de prison ferme pour une blague féministe sur un tee-shirt : c’est le tarif au Maroc, où la militante Betty Lachgar croupit en cellule depuis août 2025. Condamnée pour « atteinte à l’islam », ignorée par une partie du féminisme occidental et abandonnée à sa maladie, elle est devenue le triste symbole d’un royaume qui a décidé de broyer toute contestation, des militants laïcs jusqu’aux rappeurs.
Cela fait tout juste un an que la militante féministe marocaine Ibtissame Lachgar, dite Betty, a été interpellée dans son pays, puis condamnée à deux ans et demi de prison pour « atteinte à l’islam ». C’est absolument tragique de l’imaginer incarcérée, elle qui a mené tant de batailles en faveur des droits des femmes et des droits humains. Elle s’était exprimée sur ses engagements à plusieurs reprises dans notre journal, et on l’avait suivie en reportage il y a deux ans lors de son combat pour la réforme du Code de la famille marocain. La justice lui reproche d’avoir publié sur X une photo d’elle vêtue d’un tee-shirt où était écrit « Allah is lesbian ». Un slogan féministe pourtant pertinent et drôle, mais qui n’est pas du goût de la monarchie de droit divin encore en vigueur dans ce pays. L’article 267-5 du Code pénal marocain punit en effet de six mois à deux ans de prison ferme « toute atteinte à la religion islamique ». Ce tee-shirt, elle l’avait d’ailleurs porté à d’autres reprises – toujours en dehors du Maroc – et elle avait même déjà été interpellée, sans que cela débouche sur une condamnation. Adepte des tee-shirts engagés, elle pouvait porter devant une mosquée « La foi ne fait pas loi » ou encore « Queendom of Morocco » – au lieu de « Kingdom of Morocco » (« royaume du Maroc »).
Depuis un an, son état de santé ne cesse de se détériorer. Âgée de 50 ans, elle a survécu à un cancer des os, et vit depuis 1996 avec une prothèse au bras. Elle devait se faire de nouveau opérer au moment de son arrestation et, faute de soins, elle risque aujourd’hui de perdre son bras. « Les douleurs sont insupportables, la prothèse ne tient plus », s’alarme sa soeur, Siham Lachgar. En mars, il lui avait été proposé de se faire opérer, mais elle avait refusé, ne sachant pas si le protocole allait être le bon. Elle est dépendante de ses codétenus pour les gestes du quotidien, et loge dans une cellule qui n’est pas adaptée à sa situation.
Abandonnée au Maroc et en Europe
Cette arrestation devrait logiquement susciter un soutien massif et international, mais force est de constater qu’il n’en est rien. Un mouvement de soutien existe dans certains pays européens, là où elle résidait et militait régulièrement, en ¬Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France, mais cela reste confiné au militantisme. Où sont les portraits d’elle au fronton des mairies et autres institutions publiques ? En France, ce sont essentiellement des féministes « universalistes » qui se mobilisent1. Betty est en effet engagée contre le « système prostitueur », contre la mainmise de la religion sur la société et contre les excès du transactivisme, des sujets aujourd’hui clivants dans le féminisme.
Gérard Delfau, Directeur de la collection



Et enfin la laïcité - Jacques Ducol
Laïcité et droits des femmes
Sport et laïcité - Sabrina Delrieu, Henri Pena-Ruiz