Enfances prolétaires et instruction publique. Rémy Sueur XIXe-XXIe siècle - Préface de Jean-Paul Delahaye
Ce livre est né de l’hypothèse suivant laquelle l’industrie de main-d’œuvre, en recourant au travail précoce des enfants, au 19e siècle, a eu un effet négatif sur leurs acquis scolaires comme sur ceux de « leurs enfants après eux », jusqu’à aujourd’hui.
L’auteur, Rémy Sueur,
justifie cette hypothèse en comparant la carte établie en 1860 par Maggiolo –Recteur sous Napoléon III- aux résultats établis par la Direction de l’évaluation et de la prospective du ministère de l’Éducation nationale depuis les années 1990. Encore fallait-il d’abord faire l’histoire de cette « rencontre » entre le monde de l’enfance et celui des ateliers et, ensuite, établir que les effets négatifs, résultant du recours précoce à de jeunes enfants, se vérifiaient dans la durée.
Le miracle du livre repose sur cette gageure, qui, pour être validée d’un point de vue universitaire, devait reposer sur un travail pointu.
L’auteur s’y emploie en fouillant les effets de l’industrie de main-d’œuvre dans le paysage rural de la Somme. Encore fallait-il s’assurer de l’extension de ces premiers résultats dans la durée (jusqu’au seuil du 21e siècle) et dans l’espace (pour des régions situées au Nord et à l’Est de la ligne Saint-Lô/Genève, voire Saint-Lô/Toulon.). Là encore, partant de multiples travaux universitaires –articles, thèses- sociologiques ou littéraires, l’auteur relève le gant.
Réussi du point de vue du « métier d’historien », le pari l’est tout autant au regard du niveau d’analyse et d’interprétation, auquel nous parvenons.
R. Sueur contrairement à l’assertion d’un célèbre philosophe allemand nous montre que l’histoire ne se résume pas « à la main de la nécessité qui secoue le cornet du hasard » (le citer), mais qu’elle révèle suivant la formule de Karl Marx « la sourde pression des rapports économiques. ».
Nous voyons se dessiner, avec le recours à un âge précoce, de la main-d’œuvre des enfants, tout un dispositif de violence prédatrice, dont le patriarcat n’est pas le moindre ressort. L’auteur parle d’une colonisation de l’espace rural- qui accompagne les débuts de la révolution industrielle. Face à cette « pression », nous voyons se mettre en place un ensemble de dépossessions-celles des métiers, des biens, des savoir-faire, de l’intimité familiale aussi, qui accompagnent « l’entrée dans la nuit des prolétaires ». Comme l’affirmait Lacordaire, nous vérifions en quoi « c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».
Sur ce dernier point nous vérifions les enjeux politiques de l’École, la consubstantialité de cette institution au régime républicain, les compromis consentis, les luttes qui restent alors à mener, mais, surtout, nous saisissons mieux encore la clé de voûte que représente la vocation émancipatrice de la laïcité. C’est que l’École qui émerge alors demeure « l’école des pauvres ». On comprendra mieux les mots d’une préface confiée à JP. Delahaye, ancien DGESCO qui met l’accent sur l’ardente nécessité de lutter contre les inégalités sociales et…. territoriales, tant ces enjeux d’hier demeurent la priorité du moment.
Ce livre est incontestablement une œuvre de combat.
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Gérard Delfau, Directeur de la collection





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